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Asie

Triumph abuse de la crise pour se débarrasser des syndicats

Partout dans le monde, la crise économique amène bon nombre d’entreprises à fermer leurs portes. Beaucoup d’employeurs affirment n’avoir d’autre choix que de restructurer la production. Mais la crise a parfois bon dos et sert de prétexte pour se débarrasser de syndicats trop dérangeants…

Un exemple très clair d’abus nous est fourni par Triumph, le géant suisse-allemand de la lingerie. Prenant prétexte de la crise, l’entreprise a licencié ces dernières semaines près de 3.660 travailleurs (dont une majorité de femmes) dans ses filiales de Thaïlande et aux Philippines. Pour les syndicats, il s’agit d’une utilisation abusive de la crise.

Philippines : 1.660 personnes sur le carreau

Le 27 juin dernier, les directions de deux unités de production de la ville de Taguig, près de la capitale Manille, ont annoncé leur décision de suspendre la production. Près de 1.660 employés se sont retrouvés à la rue du jour au lendemain. Isabelita dela Cruz, présidente de la Triumph Philippines Union (BPMTI), estime que ces licenciements sont injustes et illégaux car les conventions collectives de travail et le code de travail national n’ont pas été respectés.

La direction de Triumph justifie la fermeture de ses unités du fait de la crise économique et de la baisse de la demande de produits de luxe en Occident. Les fermetures seraient indispensables pour garantir la stabilité financière de Triumph International. Mais les travailleurs considèrent pour leur part qu’il s’agit d’une stratégie délibérée à l’encontre des syndicats.

Triumph envisagerait en effet de délocaliser la production vers d’autres régions où les organisations syndicales sont plus faibles. Il y a quelques mois, la société a ainsi embauché de nouveaux ouvriers pour venir travailler dans une zone d’exportation de la province de Laguna. Le ministère du Travail des Philippines se positionne clairement du côté de Triumph et pousse les ouvriers à accepter les indemnités de licenciement.

Situation analogue en Thaïlande

Le 29 juin, les ouvriers de Body Fashion Thaïland – filiale de Triumph dans la province de Samut Prakan – ont reçu une enveloppe stipulant s’ils étaient licenciés ou réaffectés à d’autres fonctions. En un jour, près de la moitié des 4.200 travailleurs ont été mis à la porte. La majorité des travailleurs licenciés sont membre du syndicat et 13 des 19 membres du comité syndicale sont également visés. Il n’y a pas eu aucune négociation. La direction s’est contentée de promettre le paiement des indemnités minimales prévues par la loi.

Le choix de Body Fashion a également des répercussions directes sur son fournisseur Wonder Well. Triumph ne faisant plus appel aux services de ce dernier, 41 travailleurs de Wonder Well restent eux aussi sur le carreau. Leur situation s’avère encore plus dramatique. Ils n’ont en effet toujours pas reçu à ce jour leurs derniers salaires et leurs arriérés de paiement qu’ils sont légalement en droit de percevoir.

Le prétexte de la crise

La crise économique est donc également évoquée en Asie pour justifier des licenciements. L’argument est toujours le même : les restructurations et la pression sur les coûts s’imposent pour assurer la stabilité financière des entreprises. Mais en Thaïlande, une nouvelle unité de production Triumph a récemment vu le jour. Près de 1.000 travaileurs y occupent déjà des postes – sans la moindre représentation syndicale – et 1.000 autres attendent d’être engagés. La délocalisation des unités de production vers des régions où la présence syndicale est moins prononcée va pourtant à l’encontre du code de conduite de Triumph International. Une situation qui fait craindre le pire à la présidente de Triumph International Labour Union Thaïlande (TITLU), Wanpen Wongsombat.

http://www.vetementspropres.be/index.php?p=g&id=225


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