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Moyen-Orient

Les gouvernements durcissent la répression à l’heure où la crise économique frappe de plein fouet les emplois et les revenus

La dégradation du climat économique au cours des trois derniers mois s’est accompagnée d’une augmentation alarmante de la répression à l’encontre des activités syndicales indépendantes dans plusieurs pays de la région, cependant que les gouvernements réagissent avec force aux revendications pour une meilleure protection des revenus et de la sécurité de l’emploi.

Au Maroc, les élections des représentants des employés à niveau national ont été truffées de manœuvres frauduleuses visant à exclure les syndicats des négociations futures sur les salaires et les conditions de travail. Les actions antisyndicales se sont déclinées sous de nombreuses autres formes, y compris le licenciement sommaire de délégués syndicaux d’entreprise.

En Tunisie, les travailleurs et chômeurs qui avaient pris part aux manifestations de Gafsa, en juillet 2008, demeurent sous les verrous, en dépit du soutien international aux efforts menés par la centrale syndicale nationale UGTT en vue de leur libération. A cette occasion, la couverture médiatique des manifestations avait été interdite et un journaliste arrêté pour avoir publié des images des manifestations a été condamné à 6 années d’emprisonnement. D’autre part, les autorités tunisiennes ont soutenu la tenue, le 15 août, d’un « Congrès extraordinaire » de journalistes pro-gouvernement, qui a tenté de destituer l’ensemble de la direction du syndicat national des journalistes SNJT élus en janvier 2008. Le gouvernement a lancé sa campagne pour déstabiliser le syndicat en réaction à un rapport du SNJT qui critiquait la manque de liberté de presse dans le pays.

En Egypte, une série de manifestations pour les droits des travailleurs et contre le licenciement en masse de travailleurs et les fermetures d’usines a déclenché des interventions policières d’une brutalité extrême. Malgré la reconnaissance, au début de l’année, du premier syndicat sectoriel indépendant, RETA, qui compte environ 50.000 adhérents dans le département du fisc, les autorités ont tenté de forcer les employés à adhérer à la centrale syndicale officielle et ont confié à cette dernière le contrôle de la caisse de prévoyance sociale des membres du syndicat RETA. Les travailleuses et travailleurs affectés ont réagi en lançant une grève, pour réclamer le respect de l’indépendance syndicale.

En Jordanie, la répression policière brutale à l’encontre des travailleurs du port d’Aqaba qui s’étaient mobilisés le 3 août pour réclamer une augmentation salariale constitue un cas flagrant de violation des droits syndicaux. Dans le même temps, la Commission sociale et économique nouvellement établie par le gouvernement a manqué de convaincre les syndicats du pays que les autorités prennent la négociation et le dialogue social au sérieux.

En Irak, le gouvernement continue d’appliquer des lois antisyndicales de l’ère de Saddam Hussein, notamment la tristement célèbre Loi 150, qui interdit les syndicats dans les entreprises publiques et semi-publiques. Les rapports émanant d’Irak signalent une augmentation de l’ingérence dans les activités syndicales légitimes. En effet, dans des circulaires adressées aux entreprises et départements dépendant des différents ministères, ceux-ci ont spécifiquement conseillé aux employés d’ « éviter de traiter » avec certains syndicats.

Les autorités iraniennes continuent de réprimer toute activité syndicale indépendante. De nombreux cas de détention et de mauvais traitements de travailleurs ont été signalés, y compris contre plusieurs travailleurs qui ont pris part aux manifestations concernant le scrutin contesté des élections présidentielles. Suite à l’interdiction générale imposée sur la couverture médiatique des manifestations, les autorités ont mis les scellés sur les bureaux de l’Association iranienne des journalistes le mois dernier.

« Au lieu de chercher, à tout prix, à étouffer les demandes légitimes des travailleuses et travailleurs confrontés à des épreuves extrêmement difficiles, les gouvernements de la région devraient veiller à respecter pleinement leurs obligations internationales concernant les droits des travailleurs, pour lesquelles ils ont pris des engagements contraignants de leur propre gré. Ils ne peuvent ignorer les répercussions sérieuses de la crise économique mondiale, surtout à la lumière des millions d’emplois qui ont d’ores et déjà été perdus. Ces mesures antisyndicales vont à l’encontre du but recherché et ne font qu’exacerber les tensions dans les pays du Moyen-Orient », a déclaré Guy Ryder, secrétaire général de la CSI.

La CSI représente 170 millions de travailleurs au sein de 312 organisations affiliées nationales dans 157 pays.


Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.