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Sénégal

Le recul démocratique

Les progrès en matière d’expérimentation de la pratique démocratique en Afrique, sont à l’image de la marche de l’écrevisse. Le climat qui a caractérisé le Sénégal de ce week-end, est la plus éloquente illustration de cette regrettable et paradoxale évolution politique sur le continent africain. Aussi paradoxal, la remise en cause des acquis démocratiques dans ce pays, interviennent du fait de l’entêtement et de la boulimie de pouvoir de celui qui a longtemps incarné les espoirs démocratiques les plus fous. Avec les violences du week-end, le Sénégal se voit inéluctablement reléguer par la faute d’Abdoulaye Wade, au rang des nations africaines dans lesquelles les élections présidentielles sont synonymes de conflits insensés et de menaces de désintégration nationale. Vraiment dommage...

Le vendredi soir, statuant sur la recevabilité des différentes candidatures à l’élection du 26 février 2012, les cinq sages de la plus haute juridiction sénégalaise avaient décidé de la validité de la candidature du président-sortant.

Aussitôt, dans les rues de la capitale, c’était une explosion de violences inouïes. Envahissant les différentes artères, des jeunes favorables au M23, y déversaient toutes sortes d’immondices, brûlaient des pneus et incendiaient magasins et boutiques. On se croirait à Conakry en 2007 ! Dans certaines villes à l’intérieur du pays, les scènes sont identiques. A Dakar même, un policier en est mort.

Un scénario que l’on croyait révolu en ce qui concerne le Sénégal. Car dans ce pays, les premiers présidents avaient eu la sagesse de permettre l’éclosion de débats et de contradictions politiques plutôt ouvertes. Globalement, jusqu’ici, les divergences s’étaient cantonnées au niveau des idées. Mais il aura fallu que le plus constant des opposants aux premiers régimes vienne au pouvoir, pour que l’ensemble de ces acquis positifs soient remis en cause !

A l’image de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, Abdoulaye Wade est incontestablement un leader qui a déçu. Et à l’instar de l’actuel pensionnaire de la CPI, le président sénégalais risque, par son obsession à demeurer au pouvoir, de mettre son pays à feu et à sang.

Quant à elle, l’opposition sénégalaise est aujourd’hui à la fois déboussolée et choquée. Comme si elle fondait trop d’espoir sur l’éventualité de l’invalidation de la candidature d’Abdoulaye Wade par le Conseil constitutionnel, elle a du mal à se remettre de ce qui est s’apparente pour elle à un coup de massue. Elle en perd jusqu’à la lucidité et à la sérénité lui permettant de définir une stratégie de contre-attaque cohérente. C’est comme si elle misait tout sur le Conseil constitutionnel.

Il faut dire que dans la candidature d’Abdoulaye, c’est moins le caractère légal ou non de celle-ci que le fait que l’intéressé semble frapper par l’âge qui est en cause. Quand, en 2000, incarnant toutes les aspirations de la jeunesse sénégalaise, Abdoulaye Wade a succédé au socialiste Abdou Diouf sous le signe du sopi (changement), il était déjà âgé de 73 ans. En 12 ans de règne, la jeunesse qui l’avait porté a essuyé illusion après illusion. Doutant que de la capacité même de celui qui de plus en plus gagné par la sénilité et la mégalomanie à pouvoir réaliser ce qu’il n’a pu faire par le passé, cette jeunesse semble aujourd’hui prête à lui barrer la route.

Mais de son côté, le président sénégalais est manifestement déterminé à briser toutes les résistances qui se dresseront sur son chemin. Il ignore ainsi superbement l’opposition qui a déposé samedi des recours auprès du Conseil constitutionnel, pour le rejet de la candidature du président Abdoulaye Wade. Mais, quitte à exposer son pays au printemps de l’Afrique sub-saharienne, Wade veut aller au bout de sa logique suicidaire.


Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.