• Contact
  • Log in

Kenya

La « société civile » des droits de l’homme. Quête de légitimation politique et impuissance sociale

Les élections générales de 2007 et la crise qui a suivi ont mis à mal
la réputation internationale d’un Kenya florissant sur le plan
économique, en route sur le chemin d’une démocratisation encadrée
par une société civile solidement constituée. À l’heure où les
soubresauts de la crise politique dissipent les mythes et les mirages de
cette image exportée, il importe ici de nous arrêter sur l’un de ses
principaux fondements : la « société civile » kenyane, dont on dit
régulièrement qu’elle est un solide rempart contre les démons de
l’autoritarisme, de la violence et du tribalisme. L’étudier implique en
premier lieu de la définir. Cette « société civile » revêt des contours très
flous. Au fond, l’expression équivoque de « société civile » contient ce
que son énonciateur veut bien y mettre. Nous la définirons largement
comme l’ensemble des corps associatifs qui reconnaissent à l’État le
monopole du pouvoir politique légitime, tout en jouant à l’égard de
celui-ci un rôle d’influence et de critique. Dans ce cadre, nous nous
arrêterons sur la société civile kenyane « anglophone » et laïque des
droits de l’homme. On ne traitera pas ici des institutions religieuses,
notamment des Églises, dont le rôle est important au sein de la société
civile. De même, on abordera pas directement la question des milices,
organisations « militarisées » que l’on peut qualifier de « vernaculaires »,
c’est à dire dont les termes du rapport au politique et à l’État
dépendent profondément de leur terroir d’énonciation. Ces dernières
sont un objet ambigu, dont on ne sait dans quelle mesure nous
pouvons les intégrer dans une réflexion sur la « société civile ». En tant
qu’organisations armées, elle ne reconnaissent pas à l’État le monopole
de la violence légitime. Nous nous limiterons donc à évaluer quelle
peut être l’influence de la société civile des droits de l’homme vis-à vis de
ces milices qui ont souvent été les opérateurs des violences postélectorales.

Ce choix arbitraire de ne traiter que des organisations de défense
des droits de l’homme est en outre justifié par les faits : porte-étendard
du multipartisme, puis de la réforme constitutionnelle depuis le début
des années 1990, cette fraction de la société civile et les individus qui la
portent se sont distingués lors du processus électoral et des médiations
politiques qui ont suivi les irrégularités du scrutin. Outre cette
justification événementielle, ce sont ces organisations que nos sources,
surtout journalistiques, nous ont permis d’étudier. Il ne s’agit donc pas
ici de livrer un tableau exhaustif des associations non
gouvernementales ayant joué un rôle dans le processus électoral et ses
conséquences. Nous tenterons, de manière plus modeste, d’isoler les
polarités les plus marquantes, ainsi que quelques stratégies propres à
ces acteurs dans le contexte de la crise qui agite le Kenya au début de
l’année 2008. Un bref cadrage historique nous semble d’abord essentiel
pour saisir la configuration particulière des élections générales de 2007
et leurs enjeux pour la société civile, alors que celle-ci peine depuis
2002 à trouver sa place sur l’échiquier politique. Nous essaierons
ensuite de poser quelques éléments de réflexion quant aux tactiques
visant à faire de ces organisations et individus des acteurs légitimes du
processus de sortie de crise. Nous conclurons par les questions
ouvertes que posent cette nouvelle configuration : à savoir, les
problématiques renouvelées du rapport de la société civile au politique,
de son indépendance au regard des leaders et des partis, et in fine de sa représentativité.

Lire la suite


The opinions expressed and the arguments employed in this document are the responsibility of the author and do not necessarily express the views of the CETRI.