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Tunisie

La Tunisie en révolution ?

Le 14 janvier 2011, Ben Ali fuyait la Tunisie. Depuis le 17 décembre et
pendant près d’un mois, un immense mouvement de protestation avait secoué
le pays, partant des jeunes et des régions périphériques, à partir de Sidi Bouzid,
et touchant peu à peu toutes les générations, les classes sociales et l’ensemble
du territoire. On sait comment l’humiliation du jeune Mohamed Bouazizi,
vendeur à la sauvette devenu martyr et héros national, l’avait amené à tenter
de se suicider par immolation, ce qui avait déclenché des manifestations
quotidiennes de soutien et une répression sanglante de celles-ci jusqu’à
embraser la capitale et aboutir au départ du souverain. La révolution de palais
qui a sonné la fin du règne de Ben Ali, orchestrée par l’état-major de l’armée
et une partie de l’élite au pouvoir depuis plus de vingt ans, entendait préempter
ce mouvement social pour qu’il ne se transforme pas en révolution.
Ce dossier de Politique africaine tente, dans une première approximation, de
comprendre comment un extraordinaire mouvement social a pu se développer
malgré un contrôle policier et partisan tatillon, et aboutir à un changement
politique profond en Tunisie même, entraînant en outre dans son sillage
l’Égypte, la Libye et peut-être d’autres pays de la région ; simultanément
il met en évidence les véritables enjeux auxquels les Tunisiens sont désormais
confrontés. Car ce n’est pas en soi le départ de Ben Ali et des « clans » qui modifie
radicalement les modes de gouvernement et l’exercice du pouvoir en Tunisie.
Il est trop tôt pour parler de transition démocratique, même si tout reste
ouvert. La véritable transformation, qui est incontestablement fondamentale,
réside dans la disparition de la peur. Dans l’espace public et plus seulement
dans le secret de leur intimité, les gens parlent, défient la police, expriment
leurs joies, leurs craintes, leurs attentes et leurs revendications. Mais pour le
reste, ce qui a fait « le régime Ben Ali » demeure en grande partie.

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Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.