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Algérie

Interdiction brutale du rassemblement hebdomadaire des familles de victimes de la disparition forcée à Alger le 4 août

Depuis le 2 août 1998, les familles de disparu-es, principalement des femmes âgées, se rassemblent tous les mercredi pour revendiquer leur droit à la vérité, à la justice, et à la réparation. Leurs proches (fils, mari, frère, père...) ont été enlevés par les diverses forces de sécurité de l’État algérien au cours des années 1990, « décennie noire » qui a causé des dizaines de milliers de victimes et des milliers de « disparus  ».

Ces familles regroupées dans l’association « SOS Disparus », se rassemblent devant le siège de la Commission Nationale Consultative de Promotion et de Protection des Droits de l’Homme (CNCPPDH) pour réclamer la vérité sur le sort de leurs proches, comme les Mères de la Place de Mai l’ont fait avant elles en Argentine.

La réponse de l’État algérien a souvent été violente à leur égard, ces familles ont subi de nombreuses fois arrestations et brutalités policières, sans jamais céder. Elles ont aussi subi le cynisme des plus hautes autorités, le Président Bouteflika lui-même déclarant déjà en 1999 que les disparus « n’étaient pas dans ses poches  » et que les familles de disparus, « ces pleureuses avec leurs photos » lui faisaient honte et ternissaient l’image de l’Algérie dans le monde.

Monsieur Ksentini, président de la CNCPPDH - institution dont Le Comité des Nations Unies sur les Droits Economiques, Sociaux et Culturels a relevé récemment la non-conformité avec les principes de Paris en matière d’indépendance, de transparence et de coopération avec les membres de la société civile - multiplie depuis des années les attaques dans la presse contre SOS Disparus et a déclaré il y a quelques mois que « le dossier des disparus était définitivement clos ».

Depuis février 2006, l’action des familles de disparu-es en Algérie est criminalisée par l’application de la « Charte pour la paix et la réconciliation nationale ». Pour SOS Disparus et d’autres défenseurs des droits humains, cette Charte a marqué l’officialisation de la clôture de la question des disparitions forcées par l’État, en criminalisant la recherche de la vérité et de la justice, et toute intervention publique sur ce sujet. Elle établit notamment qu’aucune poursuite ne peut être engagée contre un agent des forces de défense et de sécurité de l’Etat pour des actions menées dans le cadre de ses fonctions pendant le conflit, et punit de peines de prison jusqu’à 5 ans et d’amendes jusqu’à 50 000 euros toute action ou prise de parole qui « portent atteinte aux institutions » de l’État ou à «  l’honorabilité de ses agents ».

Le harcèlement et la répression envers SOS Disparus a pris ce 4 août un tour très inquiétant dans sa forme et son intensité. Un impressionnant dispositif policier a été déployé aux alentours du siège de la CNCPPDH, bloquant la circulation et empêchant violemment les familles d’accéder à ce qui est devenu depuis une dizaine d’années le lieu symbolique de leur lutte.

Le pouvoir algérien semble avoir décidé d’en finir avec cette quête dérangeante de vérité et de justice, qui n’est pourtant que la revendication juste et pacifique de libertés et de droits fondamentaux.

Nous sommes très inquiets du sort qui pourrait être réservé à ces familles et craignons qu’elles ne subissent une répression toujours plus violente.

Nous vous demandons d’être très attentifs à leur sort et d’interpeller les autorités algériennes pour que soit garantie leur intégrité physique, pour que cessent le harcèlement et la répression dont elles sont victimes, pour que cessent les entraves à leur droit à réclamer l’exercice de droit humains fondamentaux (et que l’État algérien se conforme ainsi aux dispositions de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme et des instruments régionaux et internationaux relatifs aux Droits de l’Homme qu’il a ratifiés), et pour que la vérité soit enfin établie sur le sort les victimes de la disparition forcée en Algérie.

Voir en ligne e-joussour.net

Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.