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Bolivie

Des enfants travailleurs développent pour la première fois une loi sur leurs droits

L’Union des enfants et jeunes travailleurs de Bolivie (UNATSBO) [1] a récemment proposé une loi „pour la
reconnaissance, la promotion, la protection et la défense des droits des enfants et jeunes travailleurs“. [2] Cette
proposition législative constitue un jamais vu dans l’histoire des droits des enfants ainsi que dans le droit social
et de travail. Il est vrai que de temps en temps des enfants furent consultés pour l’élaboration de lois
concernant les enfants, mais jamais encore une proposition de loi a entièrement été développée par des
enfants. Cette proposition est en outre un jamais vu du fait qu’au regard du sujet du travail des enfants, elle
exprime la perspective d’enfants et de jeunes travailleurs et elle se base sur l’idée que les enfants eux aussi ont
le droit de travailler en dignité.

Nous approuvons que dans le projet de loi les enfants et jeunes travailleurs sont considérés comme de „sujets
sociaux de leur propre droit“ et que l’Etat est tenu de reconnaitre et d’estimer la contribution économique,
sociale et culturelle que les enfants et jeunes apportent par leur travail. Nous estimons pareillement important
le fait que l’Etat est obligé de promouvoir les droits de travail des enfants et jeunes – quel que soit leur age ‐ en
tant que acteurs sociaux, de les protéger dans leur travail contre les abus et l’exploitation et de leur garantir
une éducation intégrale et une formation professionnelle qui correspondraient à leurs désirs, leurs qualités et
leurs capacités. Tout ceci est conforme à l’esprit de la nouvelle constitution de l’Etat plurinational et
communautaire de Bolivie.

Le projet de loi est le résultat d’une vaste consultation d’enfants et de jeunes travailleurs. De rédiger une loi
entière n’est pas une chose facile ‐ surtout pour les enfants, qui d’ordinaire n’ont pas la possibilité de
s’exprimer dans le domaine légal. Ils ont dû trouver des formulations qui suffisent à des critères juridiques et
avec caractère suffisamment général, sans que leurs expériences personnelles et leurs demandes spécifiques
ne soient négligées. Quand les enfants se demandent le droit de travailler, ils se heurtent à des conventions
internationales et des manières de penser établies, qui facilement mènent à l’insinuation que les enfants
veulent légitimer le „travail des enfants“. Toutefois, ils ont eux‐mêmes élaboré une liste de besognes dont ils
pensent qu’elles doivent être interdites, parce qu’elles pourraient nuire aux enfants. Pour ces enfants et jeunes
travailleurs qui connaissent l’exploitation et les mauvais traitements par leurs propres vies, ceci est une chose
évidente.

Dans leur proposition de loi, les enfants et jeunes voulaient éviter de donner l’impression de ne pas avoir
conscience de leurs responsabilités. C’est pour cela qu’ils s’engagent à gérer leurs outils de manière soigneuse
et de dénoncer tout cas d’exploitation et de maltraitance. Tandis que cela aussi peut être évident pour les
enfants, en forme d’obligation légale ces normes peuvent conduire à ce que les droits des enfants, dont ils
veulent la protection et la promotion, soient liés à des conditions de bon comportement. Ceci va à rebours de
l’idée que les droits des enfants ‐ autant que tous les droits de l’homme ‐ sont inconditionnels. Mais au niveau de son idée fondamentale, la proposition de loi ouvre le chemin pour un raisonnement qui prend au sérieux
les droits des enfants et qui pour la première fois les for‐mule pour les enfants et jeunes travailleurs de
manière compréhensive et avec une clarté et détermination jusqu’à présent inconnues.

Les enfants ne peuvent voter leur projet de loi eux‐mêmes. Ils devront encore surmonter maints obstacles pour
être entendus et trouver suffisamment d’alliés. Nous appelons les parlementaires et autorités de Bolivie aussi
bien que la communauté internationale qui se sent responsable des droits des enfants à prendre au sérieux le
droit à la participation codifié dans la Convention sur les Droits de l’enfant des Nations Unies et de ne pas
laisser les enfants et jeunes de UNATSBO seuls avec leur projet historique. Ce serait la première fois
mondialement qu’une loi pour la protection des droits des enfants provenant des enfants eux‐mêmes et
reposant sur leurs propres expériences et idées devienne réalité.


Notes

[1En espagnol : Unión de Niños, Niñas y Adolescentes Trabajadores de Bolivia (UNATSBO). La formulation vise explicitement les deux sexes.
UNATSBO a été créé en 2000.

[2Le titre original de la proposition de loi est : Propuesta normativa para el reconocimiento, promoción, protección y defensa de los niños,
niñas y adolescentes trabajadores.


Les opinions exprimées et les arguments avancés dans cet article demeurent l'entière responsabilité de l'auteur-e et ne reflètent pas nécessairement ceux du CETRI.