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Brésil : apocalypse now !

Un récent sondage crédite le candidat de l’extrême droite Jair Bolsonaro de 57% des votes. Le futur gouvernement sera militaire, et dans les villes, les croix gammées envahissent déjà les façades des universités. On est loin de ce que l’on appelle du «populisme».

Tribune. Risquons une triste prophétie : quoi qu’il advienne lors du second tour des élections présidentielle, des gouverneurs et du sénat fédéral dimanche, le Brésil – 210 millions d’habitants, dixième économie mondiale – s’achemine inexorablement vers le chaos.

Le candidat d’extrême droite, Jair Bolsonaro (Parti social libéral – PSL), a largement devancé son adversaire, Fernando Haddad (Parti des travailleurs – PT) au premier tour et a creusé l’écart dans les projections pour le second tour : un sondage daté du 23 octobre le crédite de 57% des suffrages exprimés contre 43% pour Haddad. Même si Fernando Haddad renversait miraculeusement la tendance, il ne fait guère de doute que le verdict des urnes serait immédiatement contesté et que le président élu ne serait pas investi.

L’un des fils du candidat d’extrême droite Eduardo Bolsonaro, lui-même élu député fédéral le 7 octobre avec un score historique, ne cache pas le peu de cas qu’il fait des barrières légales et institutionnelles. La Cour suprême ? Il suffirait, selon lui, d’«un soldat et un caporal» pour s’en débarrasser, s’il prenait l’envie à celle-ci de chercher des noises à son candidat de père.

Même dans cette perspective, il faut espérer que l’instinct de survie et l’amour de leur pays pousseront une majorité d’électeurs à faire barrage à Jair Bolsonaro dont les gesticulations ne détoneraient pas dans Pulp Fiction ou un mauvais show de télé-réalité. Si l’extrême droite doit accéder au pouvoir, autant que ce soit par effraction, comme en 1964, et sans l’onction du peuple souverain.

L’apologie de la dictature

Ce qui est en train de se passer au Brésil est d’une importance capitale pour les démocraties occidentales, déjà rongées par la montée de droites radicales, souvent dites «populistes». Comment un pays, dont les habitants considèrent à 69% la démocratie comme le meilleur des régimes, peuvent-ils se précipiter dans les bras d’un ancien capitaine de parachutistes, politicien de troisième zone depuis trente ans, dont la seule ligne claire, depuis ses débuts en politique, est l’apologie de la dictature, de la torture, du meurtre ?

Le Brésil est actuellement le théâtre d’une hystérie et d’un aveuglement collectifs aux proportions inédites, lequel doit être analysé et médité à la mesure de sa gravité.

La campagne de Bolsonaro, sur laquelle planent les ombres de Cambridge Analytica, de Steve Bannon et de l’extrême droite états-unienne, repose sur la dissémination systématique de mensonges, de fausses nouvelles et d’infox par les réseaux sociaux, principalement la messagerie fermée WhatsApp. Une enquête du quotidien Folha de São Paulo vient de révéler que cette campagne de bobards a été financée illégalement, à hauteur de 3 millions d’euros par des patrons.

Indépendamment des manipulations, le plus sidérant reste que des millions de personnes se soient emparées de ces sinistres fariboles et adhèrent sans ciller à un imaginaire aussi délirant que haineux.

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